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CONTEMPLATION

CONTEMPLATION

À la hauteur de La Prairie, le fleuve Saint-Laurent est magnifique. J’aime aller me recueillir sur les berges de ce majestueux cours d’eau. Le vent se mêle toujours de la fête, provoquant des vagues plus ou moins intenses qui se brisent musicalement sur les pierres du rivage. Les feuilles des arbres ont l’air de danser comme ces femmes orientales qui ondulent gracieusement. Les oiseaux aussi profitent des bourrasques pour se laisser porter et surfer dans le ciel. Le moment est tout particulièrement agréable quand les nuages jouent avec le soleil et que les couleurs de l’automne sustentent la toile de la nature. Il ne m’en faut pas plus pour me soustraire au monde quelques instants.

Parce que la course du monde est effrénée, ces petits moments de contemplation sont essentiels à ma survie.

Emporté par le tourbillon du quotidien, nous courons sans cesse comme des chiens après leur queue, sans jamais pouvoir la rattraper. Ici, une maman doit préparer les enfants pour l’école ou la garderie avant de se ruer au travail. Là, un papa qui n’arrive plus à joindre les deux bouts parce que le coût de la vie augmente plus vite que son salaire. Partout, des gens de tous âges qui ne savent plus où donner de la tête tellement ils sont sollicités par les vicissitudes de la vie. Il ne semble pas y avoir de fin. Même le sommeil est lourd et agité. Le repos tant souhaité n’est pas au rendez-vous.

Quand j’ai réalisé qu’il n’y avait pas assez d’heures dans une journée pour tout ce qu’on me demandait de faire, je me suis dit qu’il fallait que ça change. En essayant d’aller plus vite, je me suis rendu compte que la vitesse me grisait, mais que je faisais plus d’erreurs. Plus j’allais vite, plus l’automatisme et l’habitude s’imposaient au détriment du discernement posé et réfléchi.

Le miracle s’est produit sur la route 132, un matin d’octobre. La nuit précédente, j’avais entendu une voix dans ma tête me dire : «Si tu ne peux arrêter, commence par ralentir». En partant de chez moi, comme d’habitude j’ai rejoint le flot des voitures par Roland-Therrien, à Longueuil. Je me suis installé dans la voie de droite et j’ai actionné le régulateur de vitesse à 80 Km/H. C’est à ce moment que j’ai vraiment pris la mesure des combats que se livrent les conducteurs pour accéder aux ponts. Ce n’est qu’après avoir dépassé la sortie pour Champlain que le stress m’a quitté. En arrivant à La Prairie, j’ai pris la sortie du Quai. Je suis sorti de ma voiture et, pour la première fois, j’ai ressenti le bonheur que je vous ai décrit dans le premier paragraphe. «Ralentir, c’est bien; s’arrêter, c’est mieux», me suis-je dit.

Depuis ce matin d’octobre, je roule toujours à 80 Km/h pour me rendre au travail. J’essaie de faire les choses sans me presser. Et, aussi souvent que je le peux, je m’arrête pour contempler mère Nature. Bonne semaine.

(Article paru dans le TOUT EXPRESS.CA, édition du 3 octobre)

Le fleuve Saint-Laurent, à la hauteur de La Prairie

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